Log in

Abidjan : Ce que le village gagne pour l'exploitation de la décharge d’Akouédo

  • Ecrit par 
  • Publié dans Société

Mise en service en 1965, la décharge d'Akouédo est aujourd'hui saturée.

Dépassée depuis des lustres, elle constitue, aujourd'hui, un point noir dans la capitale économique. Par ailleurs, elle ne répond plus aux normes en matière de gestion des ordures ménagères. De nombreuses décisions ministérielles ont été prises pour sa fermeture sans vraiment qu'on n'y parvienne.

 Mais depuis quelques mois, la fermeture de cette décharge défraie la chronique. A la rentrée solennelle du ministère de la Salubrité, de l'environnement et du développement durable, en février 2017, la ministre Anne Désirée a fait la promesse de sceller définitivement, à la fin de l'année 2017, les portes d'entrée et de sortie de la décharge qui reçoit au quotidien, trois (3) millions de tonnes d'ordures ménagères produites par le district autonome d'Abidjan. L’information relayée par plusieurs canaux de communication, a été saluée, selon Marc Akouman Aguédé, chef du village d’Akouédo, le mardi 16 mars 2017, lors d’une rencontre avec la chefferie. La décharge, a-t-il lâché, incommode depuis plus de 50 ans, le village. Les villageois attendent donc avec impatience, la fermeture effective de ce gros dépôt d'ordures ménagères, qui dessert le district autonome d’Abidjan. Dans le village comme dans les quartiers périphériques, à Akouédo, ce n’est pas trop de dire, nous a confié le chef du village, que la décision prise par la ministre Anne Désirée Ouloto, a été applaudie par les populations, à cause du danger que représente la décharge.

Comme le chef du village, Hippolyte Akouani, porte-parole de la chefferie, assisté de Réné Sago, secrétaire général de la chefferie et Jacques Danho bohié, président de la commission litige et affaires sociales, croit que cette fois-ci, la décision gouvernementale sera la bonne. Car, les villageois et les riverains n’en peuvent plus de s’accommoder de ce grand dépôt d’ordures ménagères à ciel ouvert, devenu, au fil des années, un cadeau empoisonné pour tous ceux qui vivent dans le périmètre. C’est donc très remonté qu’Hippolyte Akouani s’est prononcé sur ce sujet qui alimente, depuis février, les conversations dans les familles d’Akouédo, les marchés, les lieux de rassemblement... Sans vouloir jouer les rabat-joie, il a clairement signifié que le village veut, à jamais, tourner la page de la décharge qui cause plus de torts que de biens à la communauté villageoise.

« La décharge que nos parents ont accepté d’accueillir en octroyant 153 hectares de leurs terres à l’Etat pour son exploitation, nous a apporté que misère et désolation. Sa présence sur nos terres a considérablement réduit l’espérance de vie des villageois. On compte les personnes âgées, du bout des doigts, dans ce village. Au sein des membres de la génération Gnandô, nos aînés, ils sont une dizaine à avoir entre 55 et 60 ans. Y a t-il plus grand sacrifice que le sang ? Akouédo a tout donné pour que la nation grandisse et prospère », a souligné Hippolyte Akouani. En plus des effets nuisibles qui sont aussi responsables de l’état d’orphelin de la majorité des jeunes du village, a expliqué le porte-parole de la chefferie, l’Etat peine à respecter ses engagements pris en toute liberté, quand en 2007, la génération Gnandô au pouvoir, à cette époque, a exigé une contrepartie à l’autorité, pour l’exploitation de la décharge.

«De 2002, c'est en 2007 que la génération Dougbô, arrivée au pouvoir, a pu obtenir la signature d'un protocole d’accord avec l’État de Côte d'Ivoire, à travers le président de la République d’alors. Le protocole d'accord portait sur l'exploitation de la décharge pour une durée de 30 mois, et était assorti de mesures d'accompagnement. Il devrait être exécuté à trois niveaux. Au niveau social, il s’agissait de satisfaire aux revendications sociales, notamment la construction d'un hôpital, la réalisation de certains projets socio-économiques, la prise en charge de certains fils du village à travers des bourses d'études. Au niveau financier, le versement d'une indemnité compensatrice mensuelle de l'exploitation de la décharge. De trois (3) millions en 2007, le montant est passé à cinq (5) millions en 2010. Au plan foncier, il a été décidé d’aider le village à régler les questions foncières avec, en toile de fond, la construction d'un lycée, d'un foyer polyvalent, d'un hangar et d'un centre commercial », a indiqué le porte-parole.

Malheureusement, a-t-il ajouté cet accord sur lequel tout le village d’Akouédo a porté son espoir, a été partiellement exécuté.

 

Des négociations

Toutefois, au terme des 30 premiers mois accordés, a relaté Hippolyte Akouani, l’État a négocié une rallonge de 30 mois. Cette demande de l’Etat a entraîné la signature d'un deuxième accord en juillet 2010. Là encore, a relevé le porte-parole de la chefferie, le village d’Akouédo a été roulé dans la farine. Mais cela n’a pas empêché l’Etat, au terme du 2ème accord, de demander une autre rallonge de 18 mois. Cette autre offre souhaitée par l’Etat va engendrer la mise en place de l'avenant n°1, relatif à l'accord de 2010. « Cet avenant est arrivé à expiration le 30 juin 2014. Là aussi, l’Etat n’a respecté qu’une infime partie de ses engagements. De 2007 à 2014, l'Etat n'a pas honoré beaucoup de ses engagements. C'est comme si c'est fait exprès pour faire durer l'exploitation de la décharge », a indiqué le porte-parole.

Exaspérée et se sentant trahie, la communauté villageoise a exigé, au terme du 1er avenant, que l’exploitation à nouveau de la décharge, soit conditionnée par le respect des engagements dans un délai raisonnable, et qu’en plus, les autorités compétentes prennent en compte de nouvelles mesures d'accompagnement, liées aux nouveaux besoins du village. Face à cette position de la communauté villageoise, des négociations qui se sont engagées entre elle et l’État ont permis aux deux parties signataires de s’accorder sur l’avenant n°2. Cette disposition devrait prendre en compte l’exploitation de la décharge de juillet 2014 à décembre 2016. Et ce, pour une nouvelle période de 30 mois. Le hic, a souligné Hippolyte Akouani, c’est qu’aucun accord n’a été signé pour le 2ème avenant.

« Depuis donc trois mois, si on s’en tient à l’avenant n°2, la période d’exploitation de la décharge est arrivée à son terme. L’État exploite illégalement et abusivement la décharge sans accord réel avec le village. Nous sommes dans un vide juridique », a relaté, amer, le porte-parole de la chefferie, avant de préciser que durant ces 30 derniers mois, le village a fait confiance au gouvernement, en le laissant exploiter la décharge. La communauté villageoise d’Akouédo a surtout été attendrie, a confié Hippolyte Akouani, par la promesse faite par la ministre de la Salubrité, de l’environnement et du développement durable. « Dès qu’elle a repris le ministère en Janvier 2016, la ministre, a promis, en lieu et place de la signature de l'avenant n°2, de faire une communication en conseil des ministres pour la résolution définitive de toutes nos préoccupations.

Selon elle, les fruits que nous allions récolter iront au-delà de l'avenant n°2. A ce jour, nous n'avons rien vu concernant cette communication. Nous avons demandé une audience au ministre pour nous faire le point. Mais nous n'avons pas encore été reçus. Nous attendons », a révélé le porte-parole de la chefferie. Pour Hippolyte Akouani, il faut que le gouvernement trouve une solution définitive à la décharge. Car depuis 52 ans, Akouédo a consenti d’énormes sacrifices dans l’intérêt supérieur de la nation. Il en veut pour preuve l’ancien et le nouveau camp de la gendarmerie qui ont englouti 350 hectares de leurs terres. La fermeture annoncée du site de la décharge, se présente donc comme une aubaine pour le village. Elle va leur permettre de récupérer les 150 hectares de terres léguées par leurs parents. C’était dans cette perspective, a souligné le porte-parole de la chefferie, que déjà en 2002, le village avait souhaité la fermeture définitive de ce gigantesque dépôt d’ordures ménagères. C’est donc avec joie, au dire de M. Akouani, que le village a appris la fermeture prochaine du site abritant la décharge.

«La décharge ne nous rapporte pas grande chose par rapport à ce qu'on devrait percevoir pour tous les sacrifices consentis depuis la mise en exploitation de ce site en 1965. C'est seulement en 2007 que le village a commencé à percevoir quelque chose. Alors que ce sont des milliards de F Cfa que la décharge engrange. Les tonnes d'ordures déversées ici se chiffrent à des milliards de F Cfa pour les caisses des collecteurs d'ordures. Récemment, la ministre a annoncé qu'elle a pu faire passer le budget consacré aux ordures ménagères à plusieurs milliards de F Cfa. C'est la triste réalité, parce qu’Akouédo ne gagne presque rien sur cette manne faramineuse », a-t-il souligné. L’une des préoccupations qui titille également les méninges des villageois d’Akouédo, demeure la réhabilitation de la décharge. « On ne peut pas parler de fermeture sans faire allusion à une réhabilitation. Elle figure au nombre des engagements pris par l’Etat. Il doit alors proposer un plan de réaménagement du site, et doit associer tous les acteurs concernés », a dit le porte voix de la chefferie d’Akouédo. Lire la suite sur linfodrome.com