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Présidentielle en Algérie : Abdelaziz Bouteflika ou la tragédie du pouvoir en Afrique

« ...pendant que le monde entier évolue, l’Afrique est toujours à la traîne... »



Abdelaziz Bouteflika est en course pour briguer un 5e mandat lors des élections présidentielles qui auront lieu le 18 avril 2019 en Algérie. Le regard du Père Donald Zagoré sur cet état de fait, dans une contribution adressée à Linfodrome.

Malade après avoir été victime d’un AVC en 2013, âgé de 80 ans, au pouvoir depuis maintenant 20 ans, aujourd’hui dans une chaise roulante, presque incapable de s’exprimer, Abdelaziz Bouteflika est étrangement en course pour briguer un 5e mandat lors des élections présidentielles qui auront lieu le 18 avril 2019 en Algérie. Faut-il en pleurer ou en rire ? Avec Abdelaziz Bouteflika et comme bon nombres de présidents africains, c’est le pouvoir jusqu’à la mort. Cette situation malheureuse provoque sans surprise des soulèvements et des protestations violentes, puisque ce que les peuples africains ne pourront obtenir par la force de la loi, ils l’obtiendront par la loi de la force. Ces protestations du désespoir en Algérie relance une fois de plus encore, en substance, l’épineux débat sur l’inlassable et l’insatiable quête du pouvoir à tous les prix comme pilier fondamental de la tragédie africaine. Une chose est certaine aujourd’hui, ce serait faire mentir l’histoire, si l’histoire de l’Afrique se racontait sans allusion aux interminables guerres pour la conquête du pouvoir. Une fois encore, l’histoire dramatique de l’Afrique s’écrit sur les lignes de l’histoire tragique du pouvoir.

Le refus de l’alternance pacifique et démocratique en Afrique entraînera toujours des révolutions violentes et sanglantes, plongeant nos pays dans des perpétuels processus de sortie de crise et de résolution de conflit, freinant ainsi gravement leur développement. C’est triste de le constater, mais pendant que le monde entier évolue, l’Afrique est toujours à la traîne puisque continuellement en train de reconstruire ses édifices et pleurer ses morts que le politique, hostile à la voix démocratique des urnes, aura sacrifié par la voix tyrannique des armes, pour assoupir ses appétits démesurés de pouvoir. A quand la prise de conscience en Afrique de nos leaders politiques? Une question qui mérite sérieusement d’être posée. Si la politique du « Moi, après tout le monde » qui frise les limites de l’autocratie, de la tyrannie, du despotisme et de la dictature a été beaucoup prisée à un moment donné de notre histoire, aujourd’hui elle n’a plus sa place sur notre continent. L’époque de l’exercice du pouvoir par la dictature et l’autocratie en Afrique est révolue. Les populations africaines ne seront plus jamais complices de leur propre martyr.

L’Afrique veut véritablement évoluer, prospérer et émerger sur tous les plans, et surtout sur les plans démocratiques et économiques. On ne veut plus de ces modèles de développement qui consistent tout simplement à ébahir les populations africaines avec le spectacle inouïe de bâtisses interminables alors que derrières ces masses de bétons, se cachent un véritable culte de valeurs anti-démocratiques sur lequel se construit des cités ou les libertés sont constamment bâillonnées, où les intimidations, les menaces et la prison sont devenues des modes prisés de gouvernement, où malgré les odeurs nauséabondes des hôpitaux et des maternités, les femmes continuent d’accoucher des enfants toujours aussi difficile à nourrir après la période d’allaitement.

On rêve tous aujourd’hui d’un continent africain où les uns et les autres, et surtout le politique africain aura fait résolument l’option préférentielle de la paix et du bien-être du peuple, au détriment de son propre bien-être. Le renouveau de l’Afrique naîtra sûrement de la capacité de ses filles et fils à s’émanciper de leurs soifs démesurées et absolues du pouvoir.

 

P. Donald ZAGORE, Sma

© Rumeurs d'Abidjan 2016