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Violences faites aux femmes : Onu-Femme révèle des chiffres troublants

Dans le cadre de la campagne de 16 jours d’activisme dans le monde contre les violences faites aux femmes, Onu- Femmes a mené plusieurs activités.

La branche de l’Organisation des Nations Unis a par la même occasion révélé des chiffres troublants qui montrent l’urgence de ce combat.

 Créée en 2010, dans le cadre de la réforme de l’ONU, « Cohérence du système des Nations Unies », l’Onufemme est issue de la fusion des 4 composantes distinctes du système des Nations Unies dédiées exclusivement à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes.

Elle a pour mission d’accompagner la réalisation de l’égalité des droits, des chances, entre les sexes, et l’autonomisation des femmes, qui selon nous aura pour effet de libérer complètement le potentiel de la moitié de la population mondiale, un préalable au développement durable, à l’élimination de la pauvreté, à l’instauration de la paix et de la sécurité, et à la réalisation des droits humains, auxquels elle contribue de façon déterminante.

CHIFFRES DES VBGS

Concernant plus particulièrement la lutte contre les violences faites aux femmes, les chiffres sont consternants à travers le monde :

    35 pour cent des femmes dans le monde ont subi des violences physiques et/ou sexuelles de la part d’un partenaire intime ou des violences sexuelles de la part d’une autre personne (sans compter le harcèlement sexuel) à un moment donné dans leur vie.

    Certaines études menées à l’échelle nationale font apparaître que jusqu’à 70 pour cent des femmes ont été victimes de violences physiques et/ou sexuelles de la part d’un partenaire intime au cours de leur vie.

    Les hommes ayant vu leur père user de violence contre leur mère et ceux ayant été victimes d’une certaine forme de violence durant leur enfance sous leur propre toit étaient manifestement plus enclins à infliger des violences à leur conjointe durant leur vie adulte.

    650 millions de femmes et de filles dans le monde ont été mariées avant l’âge de 18 ans

    en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale – où cette pratique néfaste est la plus répandue – plus de 4 jeunes femmes sur 10 ont été mariées avant leur 18 ans

    Le mariage d’enfants se solde souvent par une grossesse précoce et un isolement social, interrompt la scolarisation, limite les possibilités de la jeune fille et l’expose davantage à la violence familiale

    Au moins 200 millions de filles et de femmes actuellement en vie ont subi des MGF dans les 30 pays disposant de données représentatives sur la prévalence

    82% des femmes parlementaires ayant participé à une étude menée par l’Union interparlementaire dans 39 pays de cinq régions ont signalé avoir subi de la violence psychologique sous une forme ou une autre (remarques, gestes et signes à caractère sexiste ou de nature humiliante sur le plan sexuel, menaces et/ou intimidations à leur encontre) durant leur mandat,

    Au moins 144 pays ont promulgué des lois sur la violence familiale et 154 disposent de lois relatives au harcèlement sexuel. Cependant, même là où des lois existent, celles-ci ne sont pas toujours en conformité avec les normes et les recommandations internationales ou mises en application

En Côte d’Ivoire, l’Enquête Démographique et de Santé (EDS 2011-2012) estime que 36% des filles ivoiriennes sont mariées en dépit de la loi, ou en union avant 18 ans, et 38% des femmes entre 15 et 49 ans ont subi une excision. En matière de Mutilations génitales féminines (MGF), la Côte d’Ivoire enregistre parmi les taux les plus élevé de l’Afrique de l’Ouest, particulièrement dans le Nord-Ouest (87,9%), le Nord (87,7%), et l’Ouest (73,3%) du pays. En outre, selon cette enquête, deux (02) femmes sur cinq (05) soit 36% ont subi des violences physiques depuis l’âge de 15 ans. De plus, le taux de jeunes filles âgées de 15 à 19 ans ayant subi des violences sexuelles est de 4,7%. La Côte d’Ivoire, enregistre le plus fort taux de mortalité maternelle de la sous-région (614/100 000 NV) contre une moyenne régionale de 300/100 000 N/V.

Selon Mme Phumzile Mlambo-Ngcuka, la Directrice exécutive d’ONU Femmes :  Nous ne connaissons toujours pas l’ampleur réelle des violences envers les femmes, car la peur de représailles, l’incidence du fait de ne pas être crues et la stigmatisation des survivantes, et non de leurs agresseurs, réduisent au silence des millions de femmes qui ont survécu à des actes de violence et masquent l’ampleur réelle de l’horreur que vivent des femmes, chaque jour.

La triste réalité c’est que : où que l’on vive, des femmes sont victimes de violences. Une violence qui ne se limite pas à un pays, un système politique ou économique en particulier : on la trouve dans toutes les sociétés du monde et elle ignore les barrières de la richesse, de la race ou de la culture. Elle touche aussi bien les jeunes que les plus âgées.

Depuis trop longtemps, l’impunité, le silence et la stigmatisation ont permis à la violence contre les femmes de s’aggraver jusqu’à atteindre des proportions de pandémie. Et pourtant, la violence contre les femmes n’est ni "naturelle" ni "inévitable" ; elle persiste car la société le permet. Et elle se poursuivra tant qu’elle restera cachée, jugée avec indulgence ou passée sous silence par la société et les autorités, et tant que les auteurs de ces violences ne seront pas soumis à des sanctions.

Je voudrais à nouveau citer Mme Phumzile Mlambo-Ngcuka, la Directrice exécutive d’ONU Femmes qui rappelait que : les activistes locaux, les survivantes et les mouvements créés partout dans le monde ont transformé leur isolement en solidarité mondiale, en expliquant en informant, en sensibilisant, e faisant ainsi apparaître la fréquence de cette violence dans toutes les sphères de la société, jusqu’aux plus hautes, et en rendant les coupables responsables de leurs actes.»

C’est donc le but de la campagne dite des  « 16 jours d’activisme  contre la violence faite aux femmes », qui se déroule entre le 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes et le 10 décembre, Journée des droits de l’homme. Lancée en 1991, par le premier Institut international pour le leadership des femmes (Women's Global Leadership Institute), et coordonnée par le Centre pour le leadership global des femmes (Center for Women's Global Leadership), il faut la voir comme une occasion offerte à des individus et organisations du monde entier dans un mouvement mondial de solidarité contre la violence faite aux femmes, en donnant ainsi  l’occasion de dynamiser les actions visant à mettre fin à la violence contre les femmes et les filles partout dans le monde.


ENGAGEMENTS PRIS PAR LA COTE D’IVOIRE


    Le principe d’égalité entre femmes et hommes est consacré dans la Constitution ivoirienne. A l’issue de sa révision en novembre 2016, le texte fondamental, outre un préambule où la Côte d’Ivoire s’engage à promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes, consacre plus de 12 dispositions visant l’atteinte de la parité et l’autonomisation de la femme.

    La Côte d’Ivoire a adopté en 2014 une stratégie nationale de lutte contre les violences basées sur le genre (SNVBG).

    Tout ceci est le signe d’une volonté politique réaffirmée de la Côte d’Ivoire, dont le Chef d’état est devenu, en novembre 2017, le premier Président d’Afrique francophone à adhérer au mouvement de solidarité HeForShe, initié le 23 janvier 2015 par les Nations Unies, piloté par ONU Femmes en vue de rassembler les hommes et les garçons dans la lutte en faveur de l’égalité des sexes et des droits des femmes. Un mouvement de solidarité pour une masculinité dite « positive » des hommes envers les femmes, visant à rassembler la moitié de l’humanité (hommes et garçons) en faveur de l’autre moitié, pour l’intérêt de tous.

    Cependant, et en dépit de performances économique remarquables, la Côte d’Ivoire se trouve positionnée au 43ème rang sur 52 pays d’Afrique selon l’indice d’égalité du genre publié par la BAD en juillet 2015, à partir d’une évaluation réalisée selon 3 critères d’égalité (opportunités économiques, développement social, droit et institutions). Selon le Rapport Mondial sur le développement humain, publié par le PNUD en 2015, au niveau de l’inégalité du genre, la Côte d’Ivoire a perdu sept places, occupant le 151e rang mondial.


    Nous pensons qu’une nouvelle façon de concevoir les relations entre hommes et femmes permettra d’inverser cette tendance qui pèse sur la progression du pays vers l’émergence. La conception du pouvoir en tant que « avoir le pouvoir sur » doit être remplacée par le concept de « avoir le pouvoir de », c’est-à-dire le pouvoir en tant que compétences de l’individu ou de la collectivité. » Ce changement de paradigme, qui concerne les femmes, permettra de revisiter les normes sociales de domination masculine qui continuent de régir les rapports entre hommes  et femmes de Côte d’Ivoire, et fera baisser ces chiffres peu honorables des VFF en Côte d’Ivoire.

    Nous encourageons également une évolution des modèles comportementaux des hommes et des garçons, et plaidons pour l'égalité des sexes et pour les droits des femmes. (ie : HeforShe). Le Dr Sanogo, qui s’est volontairement proposé de nous accompagner aujourd’hui, en mettant gratuitement son expertise de psychiatre à disposition pour nous aider à mieux comprendre les effets des violences faites aux femmes, est un exemple que nous voudrions souligner, remercier et encourager.

    La Côte d’Ivoire s’est librement engagée à respecter les droits des femmes, l’a réaffirmé dans son texte fondamental à travers la Constitution révisée de 2016, a ratifié la quasi-totalité des conventions internationales et régionales y relatives. Elle doit l’acter, en le transposant dans ses dispositifs nationaux. Sachant l’engagement des autorités de ce pays, nous continuerons d’accompagner les programmes nationaux décentralisés planifiés visant les droits des femmes, mis en œuvre, suivis, évalués, réajustés de manière coordonnée et suffisamment financés, élaborés  sur la base de l’analyse des causes structurelles, dans le cadre de partenariats avec les gouvernements, les organismes des Nations Unies, les organisations de la société civile et d'autres institutions pour mettre fin à la violence, sensibiliser l’opinion sur les causes et les conséquences de la violence et renforcer les capacités de nos partenaires en matière de prévention et de réponses à la violence. Comme dans tout processus de changement de mentalité, d’adoption d’un nouveau paradigme, la Côte d’Ivoire doit créer les conditions du changement des normes sociales, car c’est de cela qu’il s’agit. Et cela, ça relève de la responsabilité de toutes les parties prenantes. L’exécutif, le législatif, la société civile, le secteur privé, chacun est responsable, chacun doit jouer sa partition, en Côte d’Ivoire comme partout dans le monde.


Source: Onu-femmes