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France / La mairie de Calais empêche les migrants de se laver : elle les traite comme des animaux

Une benne à ordure a été installée par la mairie de Calais devant les locaux du Secours catholique P.HUGUEN/AFP Une benne à ordure a été installée par la mairie de Calais devant les locaux du Secours catholique

Malgré le démantèlement de la "jungle" de Calais en octobre dernier, de nombreux migrants sont encore présents dans la ville.

Pour leur permettre d’avoir des conditions sanitaires correctes, le Secours catholique a souhaité installer des modulaires dans ses locaux afin d'offrir aux exilés la possibilité de se doucher. Mais la municipalité s’y est opposée en bloquant l’entrée du bâtiment. Vincent de Coninck, chargé de mission de l’association, y voit un autre exemple du retour en France du délit de solidarité et de l’entrave à l’aide aux sans-papiers.

Chargé de mission auprès du Secours catholique, je travaille à Calais depuis bientôt sept ans. Aujourd’hui, je ne peux que constater que la situation n’a pas été réglée par le simple démantèlement de la "jungle" en octobre dernier.

Notre association, qui dispose d’un local dans la rue de Moscou, près du port, a donc choisi d’ouvrir en urgence un dispositif temporaire et léger d’accès aux douches là où nous proposions déjà un vestiaire.

 

La mairie a bloqué l'accès à nos locaux

Depuis un mois, nous avons constaté que des migrants revenaient dans la commune. Selon nos estimations, ils seraient entre 100 et 500 à Calais. Nous en accueillons environ une cinquantaine par jour. Il s’agit essentiellement de primo arrivants, et particulièrement de mineurs.

Pour leur permettre d’avoir de meilleures conditions sanitaires, nous avons pris l’initiative d’installer dans nos locaux trois modulaires afin qu’ils puissent se doucher. La livraison de ce dispositif léger et temporaire a eu lieu mercredi.

Les deux premiers modules ont été installés sans problème, mais le troisième a été bloqué par la municipalité. Le directeur de cabinet de la mairie a empêché l’accès à nos locaux avec son véhicule, avant de faire venir une benne à ordures.

 

Un enfant qui ne s'était pas douché depuis 6 semaines

Aujourd’hui, des centaines de migrants vivent dans des conditions sanitaires déplorables. Deux cas de gale ont d’ailleurs été constatés. Il y a quelques jours, j’ai croisé un enfant qui ne s’était pas douché depuis près de six semaines.

L’État propose aux mineurs de faire plus 50 kilomètres de route pour pouvoir se rendre dans un lieu d’accueil et bénéficier d’une douche. Autant vous dire que personne ne fait un tel chemin.

Sans le moindre accès à des sanitaires, ils n’ont aucune possibilité de se doucher. Leur seul recours, c’est de tomber sur des bénévoles acceptant de leur mettre à disposition leur propre douche.

Ces hommes, ces femmes et enfants sont contraints de vivre comme des animaux tellement on les harcèle. Il s’agit d’une urgence sanitaire. Je ne pensais pas qu’on nous empêcherait de mettre en place un tel dispositif entre nos murs. Ce blocage est une forme d’atteinte au droit à la dignité humaine.

 

Il n’est pas question de baisser les bras

Alors que le délit de solidarité a été abrogé en 2012, les autorités continuent de s’en prendre aux associations et citoyens prêtant main forte aux migrants. À Calais, dans la vallée de la Roya ou à Paris, on criminalise les aidants.

 

La mairie a dressé un procès-verbal pour "infraction au code de l'urbanisme" et envisage de prendre un arrêté interruptif de travaux contre notre association.

 

Nous avons donc fait constater par huissier la présence de cette benne sur la voie publique, obstruant l’accès à nos locaux, et nous envisageons également d’éventuelles poursuites judiciaires. Il n’est pas question de baisser les bras.

© Rumeurs d'Abidjan 2016