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Les inégalités hommes-femmes toujours criantes en Afrique

Un nouveau rapport sur l'état de la population mondiale 2017, publié par le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), souligne, une fois de plus, les grandes inégalités existant entre hommes et femmes à travers le monde. Le continent africain est particulièrement concerné.

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Guinée : Les bacheliers 2017 n'iront pas dans les universités privées

Ce lundi, c’est la rentrée pour les étudiants guinéens. Les 23 000 bacheliers de 2017 prendront le chemin des bancs universitaires. Et cette année, une nouveauté, aucun d’entre eux n’a été orienté vers les universités privées. Tous iront dans les établissements publics. La première année de médecine dans le public comme dans le privé reste fermée pour la deuxième année consécutive. Nombreux sont ceux qui ne cachent pas leur déception.

Dans la cour de sa maison, le bachelier Salif se console, entouré de quelques amis. Son orientation universitaire n’est pas à la hauteur de ses espérances. Il part étudier la chimie à une centaine de kilomètres de Conakry.

« Je suis abattu moralement. D’abord, mon premier choix, c’était d’aller faire médecine. Je voulais aller à l’université Kofi Annan, une université privée de Conakry. Les formations dans les écoles publiques ne sont pas solides ».

Selon le rapport du recensement biométrique, sur 85 000 étudiants, 47 000 seraient fictifs dont la majorité inscrits dans les universités privées. L’orientation vers le public pourrait donc être un moyen pour lutter contre la fraude financière.

« Dans les universités publiques, pour chaque étudiant, l’Etat paye la bourse alors que dans le privé, la bourse des études est payée aux universités et l’étudiant ne perçoit pas de bourse. C’est vrai que ça pèse, mais les conflits ont toujours été surmontés », explique Binko Mamady Touré, le secrétaire d’Etat au ministère de l’Enseignement supérieur.

La Guinée compte plus de 30 universités privées contre 17 universités publiques.

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"En 1236, les Africains avaient déjà une constitution"

Le Professeur émérites des universités, historien, politologue et spécialiste des études germaniques, et Camerounais Kum’a Ndumbe III reprend la parole pour demander la décolonisation de l’histoire africaine. Ce projet passe, selon lui, par le retour aux langues du continent, la constitution des archives propres et la collecte des témoignages vivants pour redécouvrir l’Afrique millénaire et la remettre au centre du monde. L’engagement de ce panafricaniste porte sur la renaissance de l’Afrique, la réhabilitation ainsi que l’examen autocritique des cultures africaines et de l’histoire du continent. Il a fondé depuis les années 1980 le centre culturel AfricAvenir…

C’est quoi décoloniser les paradigmes de l’histoire africaine ?

C’est ce que les historiens sont en train de faire ; et ce que tous les Africains devraient faire. D’abord, on parle de l’histoire des pays africains. Mais est-ce que ceux-ci existaient avant la Conférence de Berlin de 1884-1885 ? Oui. Pourtant aujourd’hui, on parle par exemple de l’histoire du Cameroun en ignorant les peuples d’à côté au Gabon, en Guinée Equatoriale, etc. Nous nous définissons comme si nous n’existions pas avant 1884. Nous-mêmes nous considérons que nous existons à partir du moment où le Blanc a dit que nous existons. Or, nous sommes à l’origine de l’humanité. En tant qu’être humain, les Africains sont là depuis deux cent mille (200 000) ans. Et quand nous écrivons l’histoire, nous commençons en 1884. Ce paradigme dont l’histoire dit que nos pays commencent à exister avec l’arrivée de l’Européen ne tient pas la route. C’est là où les intellectuels africains doivent se réveiller. Est-ce que les autres vont se définir par rapport à nous ! Est-ce que le Français par exemple va écrire l’histoire de France à partir du moment où les Allemands ont envahi la France !

    « L’Afrique est berceau de l’humanité. L’Afrique est berceau de la science. L’Afrique est berceau de la religion »

L’histoire de l’Afrique doit donc se dessiner à partir de quel moment ?

Les Africains sont l’origine de l’humanité. Nous savons que même les fossiles les plus anciens ont été trouvés au Tchad et au Gabon. L’être humain tel qu’il existe, c’est depuis deux cent mille ans (200 000). Or, nous savons que depuis cette période, il y’avait pas un autre homme sur la planète que le Noir. Ce sont les scientifiques qui le disent. Ce n’est pas mon domaine. Je me contente des résultats de recherche des autres. Depuis 200 000 ans et, pratiquement pendant 190 000 ans, il n’y avait que l’homme noir sur la Terre. Mais quand nous voulons écrire notre histoire, nous attendons la période où nous avons été dominés pour le faire, c’est-à-dire les 7 derniers siècles, depuis l’esclavage. C’est là où l’histoire devient donc histoire pour nous. Et que faisons de toutes ces années passées avant ?

Des têtes des victimes de la révolte des travailleurs à Douala en 1945

Est-il si simple de rentrer étudier l’Afrique millénaire, l’Afrique précoloniale ?

L’Afrique est berceau de l’humanité. L’Afrique est berceau de la science. L’Afrique est berceau de la religion. Mais on a tellement effacé la mémoire des Africains que lorsque vous leur dites que qu’ils sont le berceau de la science, ils croient que vous êtes devenus fou. Ils ne se l’imaginent même pas. Lorsque vous leur dites qu’ils sont à l’origine de la religion et de la spiritualité, ils s’étonnent. Les Africains ne s’imaginent pas tant de vérités. Ils les ignorent. Ceci s’explique par le fait qu’on leur a tellement effacé la mémoire. Au niveau de la science aujourd’hui, il faut à présent que ces moments-là soient restitués. Les Africains doivent restituer leur mémoire effacée ou falsifiée. Que tout ce qui a été falsifié soient rectifié.

Existe-t-il encore le matériau pour pouvoir étudier cette histoire de l’Afrique ?

Il faut d’abord retourner à la langue. L’histoire de l’Afrique ne va pas s’écrire avec le français ou l’anglais, l’espagnol ou le portugais ou encore l’allemand. Parce que ces langues viennent d’arriver. Nous existons depuis, et nous avons exprimé l’humanité dans nos langues jusqu’aujourd’hui. Or, la génération actuelle ne dira plus qu’elle a une langue. Elle parle de dialecte, de patois. Et lorsqu’il s’agit du français, elle parle de langue. L’on nous a tellement retourné le cerveau que nous ne sommes plus capable à présent de reconnaitre un texte scientifique rédigé autrement qu’en français ou en anglais. Mon problème est que c’est le trésor que nos ancêtres nous ont légué. Celui qui tient votre mental vous tient, il vous a touché. Cette interview est faite en français. Si je commence à parler en duala, ce ne sera plus pareil, parce que nous irons dans les profondeurs de l’analyse. Là nous sommes obligés de rester dans la superficialité.

    « Et comment se soignaient les Africains avant l’arrivée des Européens. Et jusqu’aujourd’hui cette médecine existe mais on la marginalise. Car, il faut empêcher aux Africains de se faire de l’argent avec elle. »

A vous comprendre, l’intellectuel africain, le chercheur africain, l’historien africain doit se décoloniser lui-même ?

Il doit d’abord se remettre en cause, et remette en cause tout ce qu’il a appris. Et pour cela, il faudrait qu’il retourne à l’école. Vous qui avez par exemple étudié la science politique, est-ce que vous savez comment nos sociétés étaient gérées depuis des millénaires. Vous n’avez pas appris cela à l’école. L’on vous parlera de la constitution de la 5ème république. Vous allez même vous bagarrer dessus. Or vous ne savez même pas les systèmes politiques qui ont géré l’humanité pendant 190 000 ans. L’Africain n’avait même pas de concurrent car, il y’avait pas une autre couleur de la peau sur la terre.

Vous faites science politique, et vous ne savez rien de la dégringolade. Vous ne savez pas pourquoi depuis 7 siècles l’Afrique a dégringolé. Vous voulez apprendre les systèmes politiques des autres pour l’appliquer chez vous. Cela se ressent dans tous les domaines de la vie. En médecine par exemple, est ce que l’on sait qui nous soignait avant que le Blanc n’apparaisse. Et comment se soignaient les Africains avant l’arrivée des Européens. Et jusqu’aujourd’hui cette médecine existe mais on la marginalise. Car, il faut empêcher aux Africains de se faire de l’argent avec elle. Il faut plutôt que chaque malade ici paye pour les services d’un Européen avec son laboratoire.

Un site de travail forcé durant la colonisation

Vous avez parlé de la nécessité de retrouver nos langues, mais cela suffira-t-il ?

La langue vous permet d’exprimer votre pensée. Je ne dis pas que cela suffira mais c’est le moyen par lequel il faut passer.

Que faut-il d’autre au-delà des langues ? Où trouvera-t-on les vestiges de notre histoire de l’Afrique ?

Dans mon livre Les trésors des manuscrits de Tombouctou, vous avez les traités d’astrologie du 14ème siècle des Africains, vous avez des systèmes d’astronomie. Mais ils ne peuvent pas être déchiffrés car, ils ne sont écrits ni en anglais ni en français. Dans le même livre, j’ai publié un arrêt de la cour de 1909 en langue sidibi du Mali. On aurait cru que c’est un dessin alors que c’est un arrêt de la cour. Les Africains devenus francophones ou anglophones, ne comprendront même pas qu’il s’agit de l’arrêt d’une cour africaine.

En 1236, les Africains avaient déjà une constitution qui a été reconstituée par les savants de l’oralité. Or les Européens n’en avaient pas une seule. C’est pour cela que je dis que la langue est très importante. Vous devez prendre tous les domaines scientifiques et vous interrogez l’apport de l’Africain dans ces domaines scientifiques. Parce que l’étudiant français, anglais, portugais ou allemand qui fait telle ou telle discipline scientifique, apprend d’abord ce que ses ancêtres ont légué dans cette discipline-là. Seuls l’Africain est ignorant des savoirs légués par ses ancêtres.

« Comment voulons-nous nous baser sur les écrits des autres pour fonder notre histoire. Nous devons constituer vos archives… Les gouvernements doivent également prendre leurs responsabilités devant l’histoire. S’ils ne le font pas, cela veut dire qu’ils ont failli face à l’histoire »


Il y a la problématique des témoins de l’histoire contemporaine. Comment préserver cette mémoire qui est encore à notre portée ?

Moi, j’ai essayé de gérer cela à mon niveau. Entre 1981 et 1986, j’ai fait une équipe de recherche. Nous avons sillonné tout le Cameroun pour interroger les vieux âgés entre 90 et 110 ans répondant encore à toutes leurs facultés mentales, pour qu’ils nous disent ce qui s’est passé quand les premiers Blancs sont arrivés. Et nous avions interrogé 176 vieux. C’est le petit travail que j’ai pu faire. Seulement, l’on ne veut pas qu’on parle. Car depuis cette période allant de 1950 à aujourd’hui, les témoins ne parlent pas et sont en train de mourir. On ne les interroge pas car, l’on ne veut pas qu’ils parlent. La stratégie est donc qu’ils meurent avec tous leurs secrets. Il y a très peu d’hommes politiques camerounais de cette époque-là qui écrivent leurs histoires. Cela est un scandale et cela doit changer.

Quels rapports les Africains devraient-ils entretenir avec les archives des anciennes puissances coloniales ?

Cela n’est que leur vision des choses de la période où nous avions des relations. Mais où est notre part dans ces archives-là ? Comment voulons-nous nous baser sur les écrits des autres pour fonder notre histoire. Nous devons constituer vos archives. Celles qui existent déjà doivent être complétées. Les gouvernements doivent également prendre leurs responsabilités devant l’histoire. S’ils ne le font pas, cela veut dire qu’ils ont failli face à l’histoire. Il faut le leur dire avec des mots clairs. Le travail d’archivages est fait dans les autres continents. Dans un pays comme le Cameroun, on ne peut pas accepter que tous les acteurs de l’histoire aillent dans la tombe en gardant le silence. Cela veut dire que vous êtes en train de détruire le futur de vos enfants.

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