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Après deux ans de procès à la Cpi : Laurent Gbagbo et Blé Goudé innocents ou coupables ?

  • Ecrit par César
  • Publié dans Côte d'Ivoire

C’est le 28 janvier 2016 que s’est ouvert devant la chambre de première instance 1 de la Cour Pénale Internationale (CPI), le procès conjoint de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé.

Les deux affaires ont été jointes le 11 mars 2015. Le 7 décembre 2017, dernier jour de procès cette année pour l’ex-chef d’Etat et son ministre, cela fait exactement deux ans qu’ils sont jugés.

Le procès de Laurent Gbagbo et Blé Goudé, finalement, il aurait fallu qu’il ait lieu. Durant ces 24 mois y compris les vacances et congés judiciaires, le procès de ces deux personnalités ivoiriennes devant la CPI aura permis au monde entier et particulièrement aux Ivoiriens de comprendre la crise post-électorale de 2010-2011.

Pour comprendre ce qui s’est réellement passé, la procureure Fatou Bensouda qui avait la main lors de ces deux premières années a fait défiler près d’une centaine de témoins, allant des moins connus aux plus illustres. Chacun a pu dire sa part de vérités. Et les révélations, on en a vu et entendu de tout genre. Même de médiapart qui n’était pas cité au procès. Le site d’informations a dévoilé des complots de la CPI avec le pouvoir français de Nicolas Sarkozy et celui d’Alassane Ouattara pour écrouer Laurent Gbagbo.

Au terme des deux années, que retenir de ce procès au moment où la procureure va céder la place en janvier 2018 à la Défense qui va à son tour appeler ses témoins ?

Il ressort apparemment, eu égard aux témoignages des ‘’sachants’’ de la procureure Fatou Bensouda, notamment les généraux des forces armées de Côte d’Ivoire, des militaires et même de certains parents de victimes que la responsabilité de Laurent Gbagbo et Blé Goudé, accusés de crimes contre l’humanité et contre qui sont retenus les chefs d’accusation de « meurtre, viol, autres actes inhumains ou – à titre subsidiaire – tentative de meurtre, et persécution », n’est pas à 100% engagée dans les tueries survenues lors de la crise.

Ces faits qui plaident pour les accusés

Rappelons que les évènements jugés par la CPI sont la marche des partisans d'Alassane Ouattara sur la Radiotélévision Ivoirienne (RTI), entre le 16 et le 19 décembre 2010 ; la tuerie des femmes à Abobo, le 17 mars 2011 par bombardement au mortier ; et des attaques contre des partisans de Ouattara vers la date du 12 avril 2011, à Yopougon.

Sur ces faits, des témoignages les plus attendus que sont ceux des généraux de l’armée ivoirienne qui ont conduit les opérations, en particulier l’ex-chef d’Etat-major Philippe Mangou, la Cour a pu noter que Laurent Gbagbo n’a jamais donné l’ordre de tirer sur des populations, au contraire il s’inquiétait pour elle, qu’il n’a jamais donné une stratégie militaire aux soldats, qu’il n’a pas acheté des armes pour préparer la guerre. Mangou a indiqué que Gbagbo leur a demandé d’aller sécuriser les élections avec des bâtons et qu’il n’avait pas besoin d’armes pour cela. Qu’il n’y a jamais eu de plan commun pour garder le pouvoir vaille que vaille, qu’ils n’ont jamais eu de réunions avec l’ex-président en vue de préparer son maintien au pouvoir, même s’il perdait les élections. Et si Mangou ne s’est pas battu, c’est parce que pour lui, Laurent Gbagbo a perdu les élections.

Certes, il y eu des morts pendant cette crise. Mais le travail des experts de la CPI qui ont analysé des restes des défunts, des vidéos, les munitions, etc, ont montré des limites et des failles qui ne font que plaider en faveur des accusés. Ils n’ont pas pu dire si ces armes appartenaient aux FDS, ou que Laurent Gbagbo a acheté des armes de tel nombre ou quantité. Au niveau de l’analyse des corps, l’on se perdait entre le genre des victimes, des ADN qui ne correspondaient pas avec l’identité des supposées victimes. Toute chose qui jette du discrédit sur le travail de la procureure. Le comble, c’est que des parents de victimes ont fait des révélations incroyables, tel que « je ne sais pas où se trouve la tombe de ma fille ; je ne sais pas ce qu’ils ont fait du corps de ma fille ; je n’ai jamais reçu les résultats du test ADN de ma fille ».

En fait, au moment où il ne reste qu’un témoin à appeler par la procureure Fatou Bensouda, en 2018, les deux ans de procès ont été, à vue d’œil plus favorables à Laurent Gbagbo et Blé Goudé. Cependant, les pro-Gbagbo n’ont pas à se réjouir. Car en huis-clos – il y en a tellement eu – il se dit des choses qui font toute la différence, avaient indiqué des fonctionnaires de la CPI lors d’un séminaire à Abidjan.

Blancs comme neige ?

Les deux accusés sont-ils pour autant blancs comme neige ? Impossible de le dire. On peut retenir de certains témoignages que des jeunes patriotes, dont Charles Blé Goudé était le chef, suite à l’appel de ce dernier aux populations de sécuriser leurs quartiers, de veiller aux entrées et sorties et d’être chacun le gardien de l’autre, ont érigé des barrages où ils ont arrêté des individus qui, par la suite ont été exécutés ou brûlés vif.

Laurent Gbagbo n’a-t-il pas, par « erreur », armé le commando invisible en voulant financer un projet de Koné Zakaria, si l’on s’en tient à cette grosse révélation du général Philippe Mangou ? Que dire des éléments ‘’incontrôlés’’ de l’armée, les commandants Abéhi et Séka Séka et le général Dogbo Blé qui jouissant d’un certain estime du couple Gbagbo, se livraient à des actions solitaires. Dogbo Blé n’a pris part qu’une seule fois aux réunions de l’Etat-Major, selon les généraux témoins. Il faisait ce qu’il voulait.

Le commandant Anselme Séka Séka lui voulait aller libérer Abobo du commando invisible, en dépit de la stratégie arrêtée par l’Etat-major, une stratégie qui serait molle et pas à son goût. Enfin, le commandant Abehi qui a conduit une colonne de véhicules militaires dont un char, en direction Abobo dans la nuit, veille du bombardement du marché Siaka Koné, dans le but, a affirmé Detho Letho, de nettoyer Abobo. Des témoins ont raconté la présence de mercenaires libériens qui s’adonnaient à des massacres sur les populations supposées favorables à Alassane Ouattara.

En somme, à considérer la première partie du procès de Laurent Gbagbo et Blé Goudé, ces deux dernières années, il est possible d’affirmer que la balance pèse plus en faveur des accusés.