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Lettre ouverte à Ado, Bédié et Gbagbo : “Sur quel chemin avez-vous l’intention de conduire la Côte d’Ivoire ?”

Konan Kouadio Siméon (KKS), le président de Initiatives Pour la Paix en Côte d’Ivoire (IPPCI) s’adresse à travers une lettre ouverte à Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, respectivement présidents du PDCI-RDA, du FPI et du RHDP. Ci-dessous sa lettre ouverte.



Parce que vous le savez plus que quiconque, cette lettre n’a pas pour ambition de vous exposer les dangers réels auxquels est exposé le peuple ivoirien du fait de la situation sociopolitique délétère et notamment, du refus du pouvoir en place d’accéder aux exigences d’une élection démocratique et paisible en 2020. Elle a pour seul but de vous rappeler la responsabilité qui est la vôtre à ce moment crucial de l’histoire de la Côte d’Ivoire et l’attente du peuple à votre égard.

A la tête de vos formations politiques respectives, vous avez été au cœur de tous les évènements douloureux qui ont jalonné l’histoire de notre pays ces trente dernières années. Aujourd’hui encore, à cet ultime carrefour de la survie de la nation, il a plu à Dieu de vous préserver aux ‘’commandes’’ de la situation et de ce fait, du navire Ivoire, vos différentes positions et actions étant déterminantes pour sa trajectoire et même sa destination.

A 15 mois de la date constitutionnelle de la présidentielle de 2020 et au regard du contexte fondamentalement semblable à ceux des échéances tragiques précédentes (1995, 2000, 2010), les ivoiriens et avec eux tous les observateurs sérieux se posent la question suivante : où vont-ils encore nous conduire ? Messieurs Henri Konan Bédié, Gbagbo Laurent, Alassane Ouattara, Sur quel chemin avez-vous l’intention de conduire la Côte d’Ivoire à ce carrefour de 2020 ?
1. Le chemin de la confrontation fratricide pour le pouvoir ?
2. Le chemin de la réconciliation, de la paix et du sauvetage de notre pays ?

Connaissant votre attachement à la patrie, je n’ai aucun doute sur votre choix. Je sais aussi qu’en hommes d’honneur, vous nourrissez chacun le vœu cher de conclure vos si riches carrières politiques respectives par une note honorable et des actes forts pour la postérité, ne dit-on pas que la fin de toute chose vaut mieux que son commencement ?

A lire aussi : Konan Kouadio Siméon à Ouattara : “Comment expliquer la récurrence des conflits inter-ethniques sous votre régime ?”

C’est pourquoi, A l’heure des grandes manœuvres dans la perspective de cette importante échéance et au moment où toute la Côte d’ivoire attend avec espoir la rencontre entre Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo, deux des acteurs clés de la scène, initiative que je salue en attendant celle de la rencontre à trois avec Alassane Ouattara, je viens respectueusement par la présente vous soumettre comme suit et en guise de contribution à vos réflexions, les scenarios plausibles que m’inspire le développement actuel de la situation sociopolitique de notre pays :

Scénario n°1
Les acteurs politiques et sociaux arrivent à s’entendre autour d’un consensus et vont à l’élection présidentielle en octobre 2020.
Résultat :
Elections paisibles
Paix sociale assurée
Alternance réussie
Scénario n°2
Aucun consensus n’est trouvé mais les élections sont maintenues.
Résultat :
Risque de boycott
Risque de troubles importants
Paix sociale menacée
Scénario n°3
Les élections ne peuvent se tenir à la date de fin octobre 2020 parce que les conditions ne sont pas réunies. Le pouvoir décide du report et se maintien en place.
Résultat :
Risque de protestation
Risque de troubles importants
Paix sociale menacée
Scénario n°4
Les élections n’ont pas pu avoir lieu, le pouvoir propose un gouvernement de transition et le Président reste en place.
Résultat :
Une partie de l’opposition accepte, une autre n’accepte pas.
Risque de crise et de troubles importants
Paix sociale menacée
Scénario n°5
Troubles sociopolitiques dans le pays
Résultat : Incertitude aux conséquences imprévisibles

Comme vous pouvez le constater, en dehors du n°1 déjà battu en brèche du reste, tous les scénarios, aboutissent tous au clash. Devant cette sombre perspective, comment fait-on ? Y allons-nous quand même ? Prendre une telle décision dans ce contexte de non réconciliation et donc de non désarmement des cœurs et des bras comme en témoignent si éloquemment et régulièrement les affrontements à l’arme de guerre entre les différentes communautés et par ailleurs dûment instruits des forfaits et leçons des récentes élections locales, laisserait peser sur vos épaules la lourde responsabilité de ce qu’il en résulterait.

Pour ma part, je garde la profonde conviction que la réconciliation nationale reste le préalable incontournable à la paix en Côte d’Ivoire. Sans cette réconciliation véritable, toutes les consultations électorales et notamment présidentielles ne nous conduiront qu’à la confrontation fratricide. Mon slogan sur la question, c’est ‘’Election d’accord mais Réconciliation d’abord’’. C’est sur la sagesse de ce principe qu’est fondé le scénario ci-dessous que je vous prie d’analyser avec la plus grande attention.

Scénario n°6
Sachant d’ores et déjà que les conditions acceptables pour des élections démocratiques, crédibles, justes, équitables et impartiales ne seront pas obtenues par manque de volonté évidente du pouvoir en place, d’une part, et d’autre part que le Président Ouattara est à son dernier mandat constitutionnel, les ivoiriens, donc le peuple, d’un commun accord, à l’occasion d’une concertation nationale inclusive réunissant toutes les forces vives de la nation (forces politiques et sociales) décident :

1. D’engager tous les acteurs à œuvrer à l’apaisement pour permettre au Président Ouattara de terminer sereinement son mandat, lui offrant ainsi une sortie honorable et paisible dès fin octobre 2020 ;
2. De prendre toute disposition utile, notamment juridique et constitutionnelle pour l’ouverture d’une période de transition démocratique inclusive et consensuelle à compter de la fin constitutionnelle du mandat du Président Ouattara, c’est à dire, dès le 1er novembre 2020, avec pour feuille de route :
1) la préparation et l’organisation de la réconciliation nationale autour d’un nouveau contrat social à proposer ;
2) la préparation et l’organisation de l’élection présidentielle
Résultat : Election équitable et donc paisible
Paix sociale assurée. La Côte d’Ivoire se retrouve et poursuit sa marche sur le chemin du développement. Comme tout le peuple de Côte d’Ivoire, le regard fixé sur vous et,vous souhaitant bonne réception de la présente, je vous prie de croire, Messieurs les Présidents, en l’assurance de ma haute considération.

Konan Kouadio Siméon (KKS)
Président de Initiatives Pour la Paix en Côte d’Ivoire (IPPCI)
La voix des sans voix et des sans écritures