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Samba David parle après sa libération : " On nous a mis sur un banc au violon où nous avons passé la nuit le ventre creux "

  • Ecrit par www.afriksoir.net
  • Publié dans Côte d'Ivoire

Samba David, coordonnateur général de la Coalition des indignés de Côte d’Ivoire (CICI) et les cinq autres personnes qui avaient été arrêtés le mardi 23 juillet 2019 par des hommes en arme devant les locaux de la Commission électorale indépendante (CEI) ont animé une conférence de presse le vendredi 26 juillet 2019 à Cocody. Samba David accuse les Policiers de les avoir brutalisé lors de leur arrestation.



Il rejette toute implication d’Aimée Zebeyoux, la secrétaire d’Etat chargée des droits de l’homme qui avait été accusée de les avoir piégés. « Tout a commencé le lundi 24 juin 2019 à la permanence de la Coalition des indignés à Yopougon. C’est après constat de la situation politique que nous avons décidé de lancer un sit-in devant la CEI. Quelques jours après nous avons appris que nos amis d’Alternative citoyenne ivoirienne (ACI) ont appelé à un sit-in devant l’Union européenne. Nous nous sommes donc rencontrés et avons décidé de le tenir ensemble le sit-in devant la CEI », explique David Samba.

« Après avoir annoncé que le sit-in était pour le mercredi 24 juillet, nous avons distribué des courriers auprès des autorités compétentes y compris le Préfet d’Abidjan. Tous ces courriers sont restés sans suite jusqu’à ce que le mardi 16 juillet nous recevions l’appel de Namizata Sangaré, la présidente de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) nous demandant de suspendre le sit-in et qu’elle ferait tout pour que les autorités nous reçoivent », s’est-il souvenu.

« Le jeudi 18 juillet la secrétaire d’Etat chargée des droits de l’homme madame Zebeyoux nous a reçu en abondant dans le même sens. Le dimanche 22 juillet tard dans la nuit elle m’appelle et je l’informe que nous suspendons le mot d’ordre. Toutes ces démarches ont été faites conjointement avec Pulchérie Gbalet, la présidente d’ACI. C’est à la suite que nous avons suspendu le sit-in à travers une déclaration le lundi 22 juillet 2019. Le même jour nous avons reçu un mail de la CEI disant qu’elle était disposée à nous recevoir le mardi 23 juillet à 10 heures dans ses locaux », a détaillé Samba.

« Nous avons donc constitué la délégation de six personnes dont un journaliste pour rendre compte. Notre lieu de rencontre était le carrefour Duncan. A mon arrivée, je vois un dispositif sécuritaire impressionnant avec cinq chars. Au même moment je reçois l’appel d’un informateur qui me demande de rebrousser chemin sinon je serais arrêté. Parce que selon lui, nos autorités ne croient pas au report du sit-in. Malheureusement les autres membres de la délégation étaient déjà non loin du portail de la CEI et je ne pouvais plus rebrousser chemin de peur de les livrer », a-t-il fait observer.

« C’est donc à mon arrivée que nous avons été enlevés et conduits à la préfecture de police. On nous a brutalisés et on nous a pris nos téléphones. Là-bas, une audition a été ouverte qui s’est retrouvée à notre grande surprise sur les réseaux sociaux. Ce qui est une indignation pour nous. Le Préfet d’Abidjan nous dit que nous n’avons pas avisé les autorités compétentes. Après l’audition on nous a mis sur un banc au violon où nous avons passé la nuit le ventre creux. C’est après beaucoup de plaidoiries que certains de nos amis sont arrivés avec la nourriture le lendemain mercredi 24 juillet à 15 heures et ce n’est qu’à 19 heures que nous avons mangé », a-t-il dénoncé.

A l’en croire, « avant de nous libérer la police a pris le soin de demander à la CEI si elle avait une séance de travail avec nous. Ce qu’elle a confirmé. C’est parce que Namizata Sangaré, Aimée Zébéyoux et Amnesty International ont pesé de tous leurs poids pour que nous recouvrions la liberté. Il suffisait que la CEI dise le contraire pour que notre sort soit scellé. On nous accusait de trouble à l’ordre public et atteinte à la sureté national. C’est le générique qui existe en Côte d’Ivoire lorsqu’on vous arrête. C’est un gilet cousu d’avance », s’est-il marré.

« Nous ne sommes pas de l’opposition mais nous sommes opposés à une décision de la CEI. S’opposer à une décision ne fait pas de vous un opposant politique. Nous ne sommes pas des adversaires politiques à Ouattara. C’est parce que ses adversaires sont silencieux qu’il prend la société civile comme ses opposants. Quant au sit-in, il a été simplement suspendu ; ce n’est pas une annulation », a prévenu Samba.