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Le chef des chefs de Sakassou tranche : “Ce n’est pas un gouvernement qui intronise un chef chez nous”

  • Ecrit par Frederick Konaté O. Envoyé spécial à Sakassou
  • Publié dans Côte d'Ivoire

Depuis la mort du roi des Baoulé, Nanan Anoungblé III, plus rien ne va dans le royaume de Sakassou.

Une crise de succession oppose d’un côté, partisans de l’actuelle reine mère, M’mo Tano, et ceux qui défendent bec et ongles la tradition Baoulé, dont le fils de la reine mère, Kassi Michel, intronisé comme roi de Sakassou par les anciens sur instruction de sa mère, Akoua Boni 2.

Sakassou, ville du Centre de la Côte d’Ivoire située à une quarantaine de kilomètres de la capitale du Gbêkê et centre névralgique du royaume des Baoulé qui abrite le siège de toute la royauté Baoulé du pays, est en proie à une crise successorale sans précédent. Après la mort du roi Nanan Anoungblé 3, sa sœur M’mo Tano a été désignée pour assurer la succession (ATCHOUINI) en baoulé, dans l’attente du choix du  nouveau roi, car selon les différents témoignages, depuis la mort de la reine Abla Pokou et de sa sœur Akoua Boni, ce sont des hommes qui ont toujours occupé la chaise royale du Walèbo, depuis les temps immémoriaux.

Mais contre toute attente, lors des funérailles de Nanan Anoungblé 3, en présence des autorités politiques du pays, notamment le président Bédié et le président Ouattara, des chefs de cantons venus du Gbêkê ont annoncé aux populations le nom de M’mo Tano, comme reine du royaume de Walèbo. Les hôtes partis, les voix se sont fait entendre pour dénoncer le choix de M’mo Tano, comme reine, même si elle a des aptitudes pour se prévaloir reine.

« En pays Walèbo, un roi ne se fait pas introniser en public. Il y a des processus à suivre selon les us et coutumes et ce n’est pas parce qu’on a assuré l’Atchouin qu’on doit se faire introniser reine », a dit le chef de village de Sakassou, Nanan Kouadio Kouassi, grand défenseur de la tradition qui s’oppose à l’occupation du siège par une femme fût-elle la sœur du défunt roi, Anoungblé III.Les raisons ?

« M’mo Tanou dit qu’elle est chrétienne et qu’elle ne peut pas diriger les rites et sacrifices faits dans la cour royale à l’honneur de nos ancêtres. Secundo, M’mo Tanou est femme. Dans la cour, il ya deux chaises, une pour la reine mère et une pour le roi. Elle doit occuper le tabouret de la reine mère et non celui réservé uniquement aux hommes » affirme haut et fort le chef du village de Sakassou, Nanan Kouadio Kouassi, le successeur de Nanan Djêkê Mlan, décédé en 2012.

Face à cette situation abracadabrante dans laquelle se trouve le royaume de Walèbo, les sages ont demandé à la reine mère M’mo Tano de proposer un de ses fils qui pourrait occuper le trône. Toujours selon le chef et plusieurs personnes interrogées dans le village et ailleurs comme à Konankro, le village maternel de M’mo Tano, les réponses sont les mêmes.

« Elle a proposé son fils aîné, Kassi Michel, né d’un premier mariage dont le père est de Krindjabo. Kassi Michel a donc été intronisé roi de Sakassou après les démarches auprès de ses parents paternels comme maternels, avec sa bénédiction par tous les chefs et notables de la famille royale dans la forêt sacrée un jeudi car chez nous, l’intronisation d’un roi se fait soit lundi soit jeudi. C’est ce que nous avons fait et contre toute attente, elle s’est rebiffée et dit ne plus reconnaître son fils comme roi mais que c’est-elle-même qui veut diriger le royaume » s’est offusqué le chef Kouadio Kouassi qui a ajouté :

« C’est la politique qui s’est introduite dans notre tradition. On ne veut pas suivre la tradition pour cause d’argent et moi, je n’accepterai jamais que la tradition soit bafouée. Ce n’est pas un gouvernement qui intronise un chef chez nous. Le Walèbo est le siège de tous les Baoulé et une intronisation ne se fait pas en public. Elle se fait en famille d’abord et avec l’accord des Djêfouê qui jugent les affaires de la cour royale et on procède à l’intronisation à 4 heures du matin.

C’est une cérémonie sacrée où des fétiches sortent et les femmes ne doivent pas voir. Rien ne peut se faire sans les Djêfouê. Tant que je suis le chef, je n’accepterai jamais qu’une femme occupe le siège royal. M’mo Tanou, pour moi, peut être reine-mère et non reine », fait-il remarquer en colère. Avant l’intronisation du roi Kassi Michel, la reine mère était informée de toutes les démarches. Mais curieusement, elle a rejeté du revers de la main ce qui a été fait dans la forêt sacrée.

« En ma qualité de chef des chefs des 172 villages, j’ai informé la reine mère. Si tu ne peux pas adorer les fétiches, tu ne peux pas être reine. Donc je n’accepterai jamais même au sacrifice de ma vie, car le Walêbo, ce n’est pas seulement Sakassou, c’est le peuple Baoulé qui a ses trônes ici. Ce n’est pas à mon temps que l’on va politiser le choix des rois. Je n’accepterai jamais », a ajouté le chef.

Dans cette situation confuse, un affrontement a été évité de justesse mardi 14 mai dernier entre partisans du maintien de la reine mère et partisans de la défense des us et coutumes selon la tradition, pour le maintien de la dignité du peuple Baoulé. Cet affrontement, selon le chef, est le fait de M’mo Tanou qui a voulu faire chasser la fille du roi défunt  Anoungblé 3 de la cour royale. Ce qui aurait provoqué l’intervention de la gendarmerie dépêchée à Sakassou par les autorités.