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Afrique : Quand la migration devient source d'opportunités économiques

  • Ecrit par www.linfodrome.com
  • Publié dans Côte d'Ivoire

Des gouvernants et acteurs du secteur privé africains ont examiné les opportunités de la migration africaine lors du 12e Forum Ibrahim Governance.



Le Forum annuel de l’Ibrahim Governance Week-end 2019, qui vient de se tenir à Abidjan du 5 au 7 avril, a débattu des questions liées aux flux migratoires, aux jeunes et à l’emploi en Afrique. Le message qui s’en dégage souligne l’urgence d’une vision renouvelée des migrations africaines, à l’heure où des informations incomplètes ou déformées conduisent à des politiques inadéquates. Alors que les migrations africaines constituent une opportunité, pour l’Afrique comme pour le monde, le sujet continue pourtant de susciter des réactions émotionnelles et demeure mal appréhendé, donc mal géré.

Les discussions du Ibrahim Governance Week-end 2019 ont laissé apprécier que la plupart des migrations africaines commencent et s’achèvent sur le continent et sont poussées par la recherche d’emploi et de perspectives économiques. Et que les pays africains, de destination, accueillent volontiers les migrants, et nombreux même sont ceux qui souhaitent voir augmenter le niveau d’immigration. Ceux qui migrent au-delà du continent sont peu nombreux : 14 % du nombre total de migrants dans le monde, soit un chiffre bien inférieur aux 41 % et 24 % pour l’Asie et l’Europe.

Mo Ibrahim, président de la Fondation Mo Ibrahim, a déclaré qu’en Afrique comme partout ailleurs dans le monde, les migrations sont bien davantage le fruit de l’espoir que du désespoir. Il a expliqué que les Africains qui quittent leur pays natal souhaitent avoir la chance de trouver un emploi et de contribuer au développement de leur pays d’accueil. Selon lui, les gouvernements africains devraient ouvrir leurs portes aux migrants tout en garantissant à leurs propres concitoyens l’éducation et les perspectives qu’ils méritent. «Il est urgent d’agir avant qu’il ne soit trop tard pour nos jeunes», a-t-il conseillé.

Le Forum Ibrahim réunit une coalition de dirigeants d’horizons divers, des secteurs public et privé, en priorité africains, pour débattre d’un enjeu crucial pour l’avenir du continent. Le thème du Forum 2019 portait sur « La jeunesse africaine : migration faute d’emplois ? ». Consciente du rôle prépondérant de la jeunesse, la Fondation a réuni, comme d’habitude, la veille du débat, le ‘’Now Generation Forum’’, rassemblant environ 80 jeunes leaders issus de 35 pays du continent, afin que leurs recommandations alimentent la discussion du lendemain.

La première session du Forum Ibrahim, intitulée «Réalités des migrations africaines», a notamment rappelé combien, loin d’être un phénomène récent, les dynamiques migratoires façonnent depuis des siècles l’histoire des peuples et des nations, et constituent un facteur essentiel de développement.

Pas de perspectives. Vera Songwe, secrétaire exécutive de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, a souligné le poids du manque de perspectives économiques dans la décision des Africains de quitter leur pays d’origine. «Le débat sur les migrations est essentiellement un débat sur la gouvernance et sur ce que nos dirigeants doivent faire pour que les Africains ne quittent pas le continent. 80 % des migrants africains justifient leur décision par le manque d’emplois et un environnement défavorable en termes de perspectives économiques», a-t-il mis en lumière.

Lors de la deuxième session, intitulée «Une jeunesse explosive confrontée à une croissance sans emplois», les intervenants ont abordé les défis actuels et les perspectives du marché du travail en Afrique, soulignant notamment le potentiel inexploité de l’agriculture, les changements inévitables provoqués par la quatrième révolution industrielle, et la nécessité de s’y adapter.

Abdourahmane Cissé, ministre ivoirien du Pétrole, de l’Énergie et des Énergies renouvelables, a évoqué les efforts déployés par la Côte d’Ivoire pour fournir des perspectives économiques à la jeune génération, mettant en avant l’innovation, qui selon lui, est la clé. «Mais si vous voulez pousser les gens à innover, vous devez leur assurer un accès aux ressources nécessaires, en particulier aux technologies de l’information», a souligné le ministre. Indiquant qu’en Côte d’Ivoire, le gouvernement concentre ses efforts sur la formation professionnelle et l’acquisition des compétences techniques. «Nous investissons pour promouvoir l’accès au premier emploi, notamment par des incitations fiscales à la création de stages et au recrutement de jeunes diplômés. Il est indispensable que davantage de jeunes s’engagent en politique et participent aux débats qui concernent leur avenir immédiat», a-t-il présenté.

Sur la même thématique, Hailemariam Desalegn Boshe, ancien Premier ministre de l’Éthiopie, a soutenu quant à lui que la jeunesse africaine est profondément insatisfaite. Il a affirmé que les jeunes se sentent économiquement, politiquement et socialement marginalisés. «Tant les dirigeants africains que la société civile, doivent impérativement adresser ce sujet de toute urgence. Définissons clairement les compétences et les talents dont nos jeunes ont réellement besoin, et concentrons-nous sur ce qui est effectivement requis par la situation économique actuelle en Afrique», a préconisé l’ex-Premier ministre éthiopien.

Le président du groupe de la Banque africaine de développement (Bad), Akinwumi Adesina, a pour sa part insisté sur l’importance d’impliquer davantage la jeunesse africaine dans le secteur agricole. Adesina estime qu’on a venté ‘’le grand potentiel de notre continent’’. «Mais le potentiel ne nourrit pas les ventres. Il nous revient de prendre la main sur cet actif considérable que constitue notre jeunesse, pour la transformer en puissance économique effective. Il en va de notre intérêt et de celui du monde entier. Il faut amener notre jeunesse dans le secteur agricole et créer une classe nouvelle d’agri-preneurs», a-t-il insisté.

Renforcer la mobilité. Une autre session, lors de ce forum, a été consacrée à la thématique «Gérer le processus : Renforcer la mobilité, actualiser les compétences, partager les responsabilités». Sur ce point précis, les participants ont examiné comment améliorer et renforcer les conditions de mobilité, tant géographique que professionnelle et éducative, tout en veillant à ne laisser personne sur le bord du chemin.

A cet effet, Arancha González, directrice exécutive du Centre du commerce international, a fait savoir que les pays où la mobilité fonctionne sont ceux ayant mis en place des systèmes de gestion de la mobilité, afin que celle-ci ne soit pas uniquement dictée par les dynamiques de marché. De son point de vue, la mobilité apporte de la diversité, et la diversité est synonyme de force.

Un point de vue qui a été partagé par Festus Mogae, ancien président du Botswana et lauréat du Prix Ibrahim 2008. Ce dernier a invité les dirigeants et gouvernements africains à faire en sorte de faire mesurer à leurs concitoyens le bénéfice que représentent les migrants pour le pays d’accueil. Toute chose qui va aussi dans le sens de ‘’corriger cette idée fausse selon laquelle les migrants accaparent les emplois locaux’’.