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Des révélations sur l'affaire des 179 milliards FCFA garantis par l’Etat de Côte d’Ivoire, au profit d’Ebomaf, entreprise appartenant à ce Burkinabé

  • Ecrit par Ivoiresoir
  • Publié dans Côte d'Ivoire

Affaire 179 milliards FCFA garantis par l’Etat de Côte d’Ivoire, au profit d’Ebomaf. Mahamadou Bonkoungou, un homme d’affaires à scandales, ami de chefs d’Etat africains.

Comme l’homme d’affaires burkinabé a commencé à rafler des marchés juteux en Côte d’Ivoire, après la réélection d’Alassane Ouattara. Mahamadou Bonkoungou et Alassane Ouattara.

11 avril 2018. Nous sommes à Cotonou au Bénin. L’homme d’affaires burkinabé Mahamadou Bonkoungou dépose plainte contre Lionel Zinsou, candidat malheureux à la présidentielle de 2016. Il accuse l’ancien premier ministre de Boni Yayi, d' »escroquerie aggravée » et de « tentative d’escroquerie en bande organisée ». L’affaire est sombre, autant que la somme est faramineuse : 15 milliards FCFA.

L’affaire remonte avant la campagne présidentielle béninoise qui a vu la victoire de Patrice Talon. Selon Bonkoungou, sur insistance de Yayi, il a remis 15 milliards FCFA à Zinsou, pour le financement d’une partie de sa campagne électorale. En retour, ce dernier devrait lui céder le fruit de la vente de certaines de ses actions.

A la rue 362 de Cotonou, les magistrats chargés du dossier hésitent à pouffer de rire, tant le troc est trop curieux pour être crédible. « Pourquoi Lionel Zinsou n’a-t-il pas, dans ses conditions, vendu simplement ses actions, pour financer sa campagne ? », s’est interrogé un juge d’instruction. De fait, l’affaire cache mal la méthode Bonkoungou, simple mais sans appel : financement de campagne contre marchés une fois élu.

Si l’affaire a mal tourné au Bénin ou le patron d’Ebomaf a misé sur le mauvais cheval, tel n’a pas été le cas au Libéria et en Côte d’Ivoire. Au Libéria, le côté visible de l’iceberg est l’avion, un Falcon X7, qu’il a prêté à Georges Weah, nouvellement élu président le 28 décembre 2017. L’affaire fait grands bruits au Libéria, avant qu’officieusement la présidence.
Mahamadou Bonkoungou et Alassane Ouattara, George Weah

Fin mai, Weah a octroyé à Ebomaf, le premier contrat le plus important de son mandat : la construction de 260 km de route, pour un montant de 234 milliards FCFA. Une fois encore, Ebomaf a fait son apparition après une campagne présidentielle. Cette fois-ci, Bonkoungou avait misé sur le bon cheval.

En Côte d’Ivoire, Bonkoungou a eu ses premiers importants marchés après la présidentielle d’octobre 2015, sous le premier ministre Daniel Kablan Duncan qui a validé ses premiers contrats en conseil de gouvernement.

En effet, trois mois après la réélection d’Alassane Ouattara, Ebomaf rafle le marché de construction de l’axe stade de Korhogo-Karakoro-aéroport, dans le fief d’Amadou Gon Coulibaly, alors secrétaire général de la présidence et directeur de campagne de Ouattara, lors de la présidentielle de 2015. Presque à la même période, l’entreprise obtient le marché de construction de l’aéroport de San Pedro.

Quelle a été la part qu’a prise Bonkoungou, rendu puissant au Burkina Faso, par Blaise Compaoré, aujourd’hui exilé en Côte d’Ivoire, dans le financement de la campagne de 2015 ? Difficile à savoir. Une chose est certaine, l’homme d’affaires vient de rafler un important marché. L’Etat de Côte d’Ivoire s’est portée garante d’un prêt de 179.73 milliards FCFA octroyé par Afreximbank, à Ebomaf, pour « la construction de 224 kilomètres d’infrastructures routières ».

En langage simple, si Ebomaf n’arrive pas à rembourser ce prêt, le Trésor ivoirien se chargera de le faire à sa place. Cette pratique financière est régulière, même si très peu d’entreprises ivoiriennes en bénéficient. Le marché raflé par Ebomaf est aussi opaque. Habituellement, le conseil des ministres communique sur les villes bénéficiaires, cette fois-ci, le porte-parole du gouvernement s’est borné à annoncer le nombre de kilomètres, sans donner de détails, ni sur les localités bénéficiaires, ni sur la nature des infrastructures routières.

Autre fait curieux : l’affaire a été goupillée par Marcel Amon-Tanoh, ministre des affaires étrangères. Habituellement, c’est soit le ministre chargé des Infrastructures (l’on comprend qu’Amédé Kouakou devient un ministre au titre ronflant vidé de véritable substance de décision), soit le ministre de l’Economie qui se charge de présenter ce genre de dossier.